La langue arabe occupe une place centrale dans la compréhension du fiqh. En effet, on ne pourrait dissocier la langue de la Révélation et la compréhension des règles qui régissent la religion. Dans la jurisprudence islamique, chaque mot, chaque particule et chaque construction grammaticale porte un sens précis pouvant influencer l’interprétation. Et sans une maîtrise solide du vocabulaire, du nahou et du sarf, certaines nuances essentielles échappent à l’étudiant. Alors, le risque ici est d’altérer le sens réel d’un texte et de donner un faux jugement. C’est pourquoi, apprendre l’arabe permet de comprendre la science du fiqh. Ainsi, on va éviter les approximations de traduction et aborder ce vaste domaine avec rigueur, cohérence et profondeur.
La relation de la langue arabe avec les fondements du fiqh
Les sciences de la langue arabe sont étroitement liées à l’étude des sciences de la Shari’a. Ceci, car l’arabe est un outil principal pour comprendre les textes. A cet égard, le Coran est la source première dont découlent les sciences religieuses dont fait partie le fiqh. Et les premiers fondements de la langue arabe, comme la grammaire, la rhétorique et la morphologie, y sont également liés. Ainsi, les savants de la génération des Pieux Prédécesseurs ont veillé à étudier la langue arabe. A ce titre, elle fait partie intégrante du savoir religieux.
Paroles de savants anciens et contemporains sur le mérite d’apprendre la langue arabe pour comprendre la religion
Cheikh al Islam Ibn al-Qayyim a dit : « La langue arabe claire est la clé première pour comprendre la Sharia. Quiconque l’ignore tombe dans de nombreuses erreurs dans les jugements. »[‘Ilam al-Muwaqqi’in].
Il est rapporté que l’imam As-Safi’ fut questionné sur la raison pour laquelle il apprit la langue arabe pendant 20 ans. Il répondit :
« Je n’ai fait cela que pour m’aider dans le fiqh. » [Adab as-Shafi’i wa Manaqibuh, ar-Razi].
Cheikh Ibn Baz a dit : « Apprendre la langue arabe est important pour tout musulman. Et particulièrement pour l’étudiant en science religieuse car c’est la langue de la Révélation. Le fiqh ne peut être compris correctement qu’à travers elle. »
Cheikh Al Albani a dit : « Il est indispensable pour l’étudiant en fiqh et en hadith d’avoir une langue arabe solide. Dans la mesure où il maîtrise l’arabe, il atteindra la compréhension des significations des textes. »
Histoire célèbre qui illustre la prédominance de la langue arabe pour atteindre la compréhension du fiqh
Un épisode s’est déroulé entre Al‑Kisa’i le grammairien, et Abu Yusuf un juriste hanafite. Az‑Zubaidi, rapporte leur débat :
– Ô Aba Yusuf, as‑tu une question ? »
Il dit :
– Grammaire ou fiqh ?
– Plutôt le fiqh.
Ar‑Rachid éclata alors de rire jusqu’à taper du pied, puis dit :
– Tu poses à Abu Yusuf une question de fiqh !
– Oui.
– Ô Aba Yusuf, que dis‑tu d’un homme qui dit à sa femme : ‘Tu es répudiée si tu entres dans la maison’ ?- Si elle entre, elle est répudiée.
– Tu t’es trompé, ô Abu Yusuf.”
Ar‑Rachid rit puis demanda :
– Quelle est la bonne réponse ?
– Si on dit ‘an’, l’action est obligatoire et si on dit ‘in’, elle n’est ni obligatoire ni réalisée.
Après cet épisode, Abu Yusuf ne manquait jamais de consulter Al‑Kisa’i. »
[Bughyat al-wu’at fi tabaqat al-lughawiyyin wa-nuhat – As-Suyuti].
Les concepts juridiques fondamentaux
La langue arabe occupe une place centrale pour comprendre les règles du fiqh. Cela, car elle permet de saisir avec précision les concepts juridiques fondamentaux. Par exemple :
-
رُخْصَة : permission
-
عَزِيمَة : jugement originel général
-
وَاجِب : devoir obligatoire
-
نَدَب : action recommandée.
Ces termes possèdent des significations précises qui ne peuvent être pleinement comprises qu’en maîtrisant l’arabe. La distinction entre ces notions induit l’application des règles et la compréhension des obligations et permissions dans la vie quotidienne. Une traduction approximative dans une autre langue peut altérer ces sens et conduire à des erreurs de compréhension et d’application.
Les particules arabes : leur signification dans le rendu d’un jugement
Les particules ont un rôle dans le fiqh. Effectivement, elles peuvent orienter le sens d’un jugement et la compréhension juridique d’un texte. La maîtrise de ces particules est donc indispensable pour tout étudiant en fiqh. Ainsi, on apprend le sens de particules comme :
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إِلَّا : exepté
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حَتَّى : jusqu’à
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ثُمَّ : puis
-
أَوْ : ou.
Ces particules jouent sur le cadre normatif. Par exemple, on peut introduire une exception en changeant un ordre général en une règle conditionnelle. Ou avoir une limite temporelle ou conditionnelle qui précise la portée d’une parole. Mais aussi, marquer la succession ou la nuance dans les actions prescrites. Ou bien, avoir un équivalent qui entre dans le jugement.
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L’importance du sarf pour comprendre le significations précises des verbes
Le sarf (morphologie) permet de connaître les différentes formes verbales à la racine et leurs dérivations. Et ce fait influence directement l’interprétation des textes juridiques. Par exemple, un verbe peut exprimer un ordre ou une interdiction. Et cela se comprend au travers de la maîtrise des formes verbales. Ainsi, comprendre la morphologie des verbes permet au juriste de distinguer le sens exact d’un jugement. Une connaissance approfondie de cette branche de la langue arabe aide à éviter les erreurs d’interprétation. Ceci, car deux formes verbales proches peuvent avoir des implications juridiques différentes. Ainsi, le sarf n’est pas seulement un outil linguistique. Mais il est un instrument indispensable pour accéder à la précision et à la profondeur du fiqh.