La awra (عَوْرَة) désigne en islam les parties du corps qu’un musulman doit couvrir devant autrui et pendant la prière. Le mot se traduit par « nudité » ou « parties intimes », et son sens premier en arabe est celui d’une faille que l’on protège. Pour l’homme, la awra s’étend du nombril au genou selon la majorité des savants. Pour la femme, elle comprend tout le corps devant les hommes étrangers à sa famille, à l’exception du visage et des mains selon l’avis le plus répandu, et elle se réduit devant ses proches parents et devant les autres femmes. Entre époux, il n’y a pas de awra.
Ces limites changent donc selon la personne qui se trouve en face de vous, et les quatre écoles de jurisprudence ne les tracent pas toutes au même endroit. Avant d’entrer dans le détail, regardons ce que le mot veut dire dans sa langue.
Que veut dire awra en arabe ?
Le mot ‘awra vient de la racine ‘-w-r (ع و ر), qui exprime le défaut, le manque et la brèche. De cette racine sort a’war (أعور), le borgne, celui à qui il manque un œil. La ‘awra est au sens propre le point faible d’une chose, l’ouverture par laquelle on peut l’atteindre. Les Arabes l’employaient pour une frontière mal gardée ou une maison sans défense, et le Coran s’en sert ainsi quand il rapporte l’excuse de ceux qui voulaient quitter le siège de Médine.
« Nos demeures sont sans protection. »
Sourate al-Ahzab, 33:13
Le texte arabe dit inna bouyoutana ‘awra, mot à mot « nos maisons sont une awra ». Appliqué au corps, le terme désigne donc ce que la pudeur commande de garder à l’abri des regards. On le traduit par « nudité », « parties intimes » ou « parties à couvrir », et son pluriel est ‘awrât (عَوْرَات). Le Coran l’emploie deux fois dans ce sens, pour les trois moments de la journée où les enfants doivent demander la permission d’entrer (sourate an-Nour, 24:58) et pour les jeunes enfants « qui ignorent tout des parties cachées des femmes » (24:31). Pour la nudité d’Adam et de son épouse, il utilise un autre mot, saw’a (سَوْءَة).
Le mot commence par la lettre ع, une consonne de gorge que le français ne possède pas. C’est pourquoi l’on écrit « la awra » sans élision, et non « l’awra ». Notre article sur les racines trilittères explique comment une même racine produit ainsi le borgne, la brèche et la pudeur.
Pourquoi l’islam demande-t-il de couvrir la awra ?
Le Coran présente le vêtement comme un bienfait accordé aux êtres humains depuis Adam.
« Ô enfants d’Adam, Nous avons fait descendre sur vous un vêtement pour cacher vos nudités, ainsi que des parures. Mais le vêtement de la piété, voilà qui est meilleur. »
Sourate al-A’raf, 7:26
Mou’awiya ibn Hayda (qu’Allah l’agrée) demanda au Prophète ﷺ ce qu’un musulman devait couvrir de sa awra. Il lui répondit de la préserver de tous, sauf de son épouse. Le Compagnon poursuivit : « Et si l’un de nous se trouve seul ? »
« Allah mérite plus que les gens que l’on ait de la pudeur envers Lui. »
Rapporté par Abou Dawoud (n°4017) et at-Tirmidhi (n°2769), jugé hasan par cheikh al-Albani
Vous couvrez votre awra, et vous détournez les yeux de celle des autres. Le Coran ordonne aux croyants de baisser le regard avant de l’ordonner aux croyantes (sourate an-Nour, 24:30-31), et le Prophète ﷺ a fixé la conduite à tenir entre personnes du même sexe.
« L’homme ne regarde pas la awra de l’homme, et la femme ne regarde pas la awra de la femme. »
Rapporté par Mouslim (n°338), d’après Abou Sa’id al-Khoudri (qu’Allah l’agrée)
Cette pudeur porte un nom en arabe, al-hayâ’, et le Prophète ﷺ en a fait « une branche de la foi » (al-Boukhari n°9, Mouslim n°35). Elle rejoint ce « vêtement de la piété » dont parle le verset, que nous étudions dans notre article sur la taqwa.
La awra de l’homme
1. Du nombril au genou
Les savants sont unanimes sur le sexe et les fesses, et la majorité d’entre eux étendent la awra de l’homme à tout ce qui se trouve entre le nombril et le genou. Ils s’appuient sur la parole du Prophète ﷺ à Jarhad (qu’Allah l’agrée), qu’il vit la cuisse découverte dans la mosquée.
« Couvre ta cuisse, car la cuisse fait partie de la awra. »
Rapporté par Abou Dawoud (n°4014) et at-Tirmidhi (n°2795), authentifié par cheikh al-Albani
Les écoles se séparent sur les deux bornes. Seule l’école hanafite compte le genou dans la awra.
| École | Limites de la awra de l’homme | Nombril | Genou |
| Hanafite | Du dessous du nombril jusqu’au genou | Exclu | Inclus |
| Malikite | Entre le nombril et le genou | Exclu | Exclu |
| Chafiite | Entre le nombril et le genou | Exclu | Exclu |
| Hanbalite | Entre le nombril et le genou | Exclu | Exclu |
Dans la pratique, couvrez le nombril et le genou. Un vêtement qui s’arrête à la limite exacte la découvre au premier mouvement. C’est pourquoi le qamis est l’une des meilleure tenue musulmane homme le plus approprié, car il coche les recommandations islamique.
2. La cuisse, un point discuté
Anas ibn Malik (qu’Allah l’agrée) rapporte que le pagne du Prophète ﷺ glissa de sa cuisse le jour de Khaybar, au point qu’il en vit la blancheur (al-Boukhari n°371). Une version rapportée de l’imam Ahmad et l’école zahirite en ont conclu que la awra de l’homme se limite au sexe et aux fesses. L’école malikite, de son côté, distingue une awra lourde, le sexe et les fesses, dont le dévoilement annule la prière, et une awra légère, les cuisses, dont le dévoilement est une faute sans l’annuler.
L’imam al-Boukhari a résumé le débat dans son Sahih. Le hadith d’Anas, écrit-il, a la chaîne la plus solide, et celui de Jarhad est le plus prudent. La plupart des savants ont suivi cette prudence et demandent à l’homme de couvrir ses cuisses.
3. Devant qui l’homme couvre-t-il sa awra ?
La limite de l’homme ne varie pas. Elle reste la même devant les autres hommes, devant les femmes, devant ses parents, ses frères ou ses enfants pubères. Le vestiaire d’une salle de sport, la douche collective et le hammam tombent sous cette règle, et le fait d’être « entre hommes » ne l’allège pas. Seule son épouse fait exception.
4. Au sport et à la piscine
Un short de football s’arrête à mi-cuisse et remonte dès que vous courez ou que vous vous asseyez. Vous réglez la question avec un short qui descend sous le genou, ou avec un collant opaque porté dessous, ce que les boutiques vendent sous le nom de « cache awra ». À la piscine et à la plage, choisissez un maillot long qui va du nombril au genou. Le vêtement doit aussi cacher la couleur de la peau, et un tissu clair qui devient transparent une fois mouillé ne couvre rien.
La awra de la femme
1. Devant les hommes étrangers à sa famille
Devant les hommes qu’elle pourrait épouser, la femme couvre tout son corps. Le verset de référence lui demande de ne laisser paraître de sa parure « que ce qui en paraît » et de rabattre son voile sur sa poitrine (sourate an-Nour, 24:31). Ibn ‘Abbas (qu’Allah les agrée) a expliqué « ce qui en paraît » par le visage et les mains, et Ibn Mas’oud (qu’Allah l’agrée) par le vêtement extérieur.
Les écoles hanafite et malikite, ainsi qu’un avis chafiite, excluent le visage et les mains de la awra. L’école hanbalite, suivie par les chafiites tardifs, demande de les couvrir aussi devant les hommes étrangers. Tous s’accordent sur le reste, les cheveux, le cou, les bras et les jambes.
Les partisans du premier avis citent ce que le Prophète ﷺ aurait dit à Asma bint Abi Bakr (qu’Allah les agrée).
« Ô Asma, lorsque la femme atteint l’âge des règles, il ne convient pas que l’on voie d’elle autre chose que ceci et ceci », et il désigna son visage et ses mains.
Rapporté par Abou Dawoud (n°4104), qui signale lui-même une rupture dans sa chaîne. Cheikh al-Albani l’a jugé hasan par l’ensemble de ses voies.
2. Les pieds
L’école hanafite tolère que les pieds restent découverts. Les trois autres écoles les comptent dans la awra, devant les hommes étrangers comme pendant la prière. Des chaussettes opaques ou une robe qui descend jusqu’au sol suffisent à les couvrir.
3. Devant ses mahram
Les mahram sont les hommes que la femme ne peut épouser, son père, ses fils, ses frères, ses oncles, ses neveux et son beau-père. Le verset 24:31 les énumère. Devant eux, les écoles malikite et hanbalite l’autorisent à montrer ce qui paraît d’ordinaire à la maison, la tête, le cou, les bras, les pieds et le bas des jambes. L’école chafiite fixe la limite entre le nombril et le genou, et l’école hanafite se situe entre les deux.
4. La awra entre femmes
La awra de la femme devant une autre femme va du nombril au genou, comme celle de l’homme devant un homme. Cheikh al-Albani et le Comité permanent de l’Ifta d’Arabie saoudite ont retenu un avis plus strict. La femme montre aux autres femmes ce qu’elle montre à ses mahram, c’est-à-dire les endroits de la parure, et elle garde le reste couvert. Cheikh Ibn ‘Outhaymin a précisé que la limite du nombril au genou fixe ce qu’une femme ne peut pas regarder chez une autre, et qu’elle n’autorise pas pour autant une tenue courte en société.
Devant une femme non musulmane, une partie des savants hanafites, malikites et chafiites demandent à la musulmane de se couvrir davantage, en s’appuyant sur l’expression « leurs femmes » du verset. L’école hanbalite ne fait pas de différence, et c’est l’avis qu’ont suivi cheikh Ibn Baz et cheikh Ibn ‘Outhaymin.
La awra pendant la prière
Couvrir sa awra fait partie des conditions de validité de la prière, d’après le verset « Ô enfants d’Adam, prenez votre parure à chaque lieu de prière » (sourate al-A’raf, 7:31). La règle vaut même si vous priez seul, dans le noir, derrière une porte fermée.
L’homme couvre au minimum ce qui va du nombril au genou. Le Prophète ﷺ a demandé davantage en disant « Que l’un de vous ne prie pas dans un seul vêtement sans rien sur ses épaules » (al-Boukhari n°359, Mouslim n°516). L’école hanbalite en fait une obligation, les autres une recommandation. Un tee-shirt et un pantalon ample remplissent les deux exigences, à condition que le bas du dos reste couvert quand vous vous prosternez.
La femme couvre tout son corps sauf le visage et les mains, y compris quand elle prie seule chez elle.
« Allah n’accepte pas la prière d’une femme pubère sans voile. »
Rapporté par Abou Dawoud (n°641) et at-Tirmidhi (n°377), authentifié par cheikh al-Albani
Si une partie de la awra se découvre pendant la prière sans que vous l’ayez voulu et que vous la recouvrez aussitôt, votre prière reste valide. Notre guide pour faire la prière reprend l’ensemble de ses conditions.
Tableau récapitulatif de la awra de l’homme et de la femme
| Devant qui | Awra de l’homme | Awra de la femme |
| Pendant la prière | Du nombril au genou, épaules couvertes | Tout le corps sauf le visage et les mains |
| Une personne étrangère de l’autre sexe | Du nombril au genou | Tout le corps, visage et mains exclus selon l’avis le plus répandu |
| Une personne du même sexe | Du nombril au genou | Du nombril au genou selon la majorité |
| La famille proche (mahram) | Du nombril au genou | Ce qui ne paraît pas d’ordinaire à la maison |
| L’époux ou l’épouse | Aucune | Aucune |
| Seul | Se couvrir, sauf besoin | Se couvrir, sauf besoin |
Époux, enfants, médecin, les cas particuliers
Entre époux, la awra n’existe pas. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’elle se lavait avec le Prophète ﷺ dans un même récipient (al-Boukhari n°250, Mouslim n°321).
Le très jeune enfant n’a pas de awra. Les parents l’habituent à se couvrir à partir de sept ans, l’âge où le Prophète ﷺ a ordonné de lui enseigner la prière, et ils séparent les lits à dix ans (Abou Dawoud n°495). À la puberté, les règles de l’adulte s’appliquent en entier.
Lorsque vous êtes seul, vous restez couvert sans raison de vous dévêtir, d’après le hadith de Mou’awiya ibn Hayda. La douche, le change et les besoins naturels sont des raisons, et les prophètes Moussa et Ayyoub (paix sur eux) se lavaient sans vêtement à l’écart des regards (al-Boukhari n°278 et 279).
Pour un soin, un examen ou un accouchement, le médecin voit ce que le soin exige et rien de plus. Les juristes le résument par une règle, la nécessité se mesure à sa juste étendue. Vous privilégiez un soignant du même sexe quand vous avez le choix.
La voix de la femme, enfin, n’est pas une awra selon la majorité des savants. Les femmes interrogeaient le Prophète ﷺ en présence des Compagnons. Le Coran interdit le ton enjôleur (sourate al-Ahzab, 33:32), ce qui suppose que la parole ordinaire est permise.
Les mots arabes de la pudeur
| Mot arabe | Prononciation | Sens |
| عَوْرَة | ‘awra | Ce que l’on doit couvrir du corps |
| سَتْر العَوْرَة | satr al-‘awra | Le fait de couvrir la awra |
| سَوْءَة | saw’a | Nudité, dans le récit d’Adam |
| حَيَاء | hayâ’ | Pudeur |
| مَحْرَم | mahram | Proche parent que l’on ne peut épouser |
| أَجْنَبِيّ | ajnabi | Homme étranger à la famille |
| خِمَار | khimâr | Voile qui couvre la tête et la poitrine |
| إِزَار | izâr | Pagne noué à la taille |
Comprendre les versets de la pudeur dans leur langue
Toute la divergence sur le visage et les mains tient à quatre mots du verset 24:31, illâ mâ dhahara minhâ, « sauf ce qui en paraît ». Le texte emploie dhahara, « paraître », un verbe sans complément, alors que le début de la phrase employait « montrer ». La question de savoir ce qui paraît de soi-même reste donc ouverte, et Ibn ‘Abbas comme Ibn Mas’oud y ont répondu chacun à leur manière.
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Sources : Coran (an-Nour 24:30-31 et 24:58, al-Ahzab 33:13 et 33:32, al-A’raf 7:26 et 7:31), Sahih al-Boukhari, Sahih Mouslim, Sounan Abi Dawoud, Jami’ at-Tirmidhi, authentifications de cheikh al-Albani, ouvrages de jurisprudence des quatre écoles. Article rédigé et vérifié par l’équipe pédagogique de Merkez al-Bourhan, mis à jour en octobre 2026.
Questions fréquentes sur la awra
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