Après le taslim (le salut final qui clôt la prière), la plupart des fidèles se lèvent et partent. Le Prophète ﷺ, lui, restait assis. Il prononçait une séquence précise de dhikr et d’invocations dont chaque mot est rapporté dans Sahih Muslim et Sahih al-Bukhârî.
Ce moment (juste après la prière obligatoire) est l’un des plus propices à l’exaucement de la journée. Cet article rassemble les douze invocations après la prière authentifiées, dans l’ordre exact de leur récitation, avec le texte arabe, la phonétique, la traduction et la source de chaque hadith. Vous y trouverez aussi les douas spécifiques après Salat al-Fajr et après Maghreb, et la réponse à une question que peu de sites traitent : à quel moment peut-on enfin invoquer Allah librement ?
Que dire après la prière ?
Les invocations après la prière suivent un ordre transmis par la Sunna. Voici la séquence dans son intégralité, telle que le Prophète ﷺ la pratiquait.
1. L’istighfâr : demander pardon trois fois
أَسْتَغْفِرُ اللَّهَ (ثلاثاً)
Astaghfirullâh (× 3)
« Je demande pardon à Allah » (trois fois)
C’est la toute première parole après le taslim. On commence par demander pardon pour les manquements et les inattentions survenus pendant la prière elle-même. (Rapporté par Muslim, n° 591)
2. L’invocation de la paix
اللَّهُمَّ أَنْتَ السَّلاَمُ وَمِنْكَ السَّلاَمُ، تَبَارَكْتَ يَا ذَا الْجَلاَلِ وَالإِكْرَامِ
Allâhumma anta s-salâm, wa minka s-salâm, tabârakta yâ dhâ-l-jalâli wa-l-ikrâm
« Ô Allah, Tu es La Paix et de Toi vient la paix. Béni sois-Tu, ô Détenteur de la Majesté et de la Générosité. »
Le Prophète ﷺ prononçait cette formule juste après l’istighfâr, avant de se tourner vers les fidèles. (Muslim, n° 591)
3. L’attestation de l’unicité et de la toute-puissance
لاَ إِلَهَ إِلاَّ اللَّهُ وَحْدَهُ لاَ شَرِيكَ لَهُ، لَهُ الْمُلْكُ وَلَهُ الْحَمْدُ وَهُوَ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ. اللَّهُمَّ لاَ مَانِعَ لِمَا أَعْطَيْتَ، وَلاَ مُعْطِيَ لِمَا مَنَعْتَ، وَلاَ يَنْفَعُ ذَا الْجَدِّ مِنْكَ الْجَدُّ
Lâ ilâha illallâhu wahdahu lâ sharîka lah, lahu-l-mulku wa lahu-l-hamd, wa huwa ‘alâ kulli shay’in qadîr. Allâhumma lâ mâni’a limâ a’tayt, wa lâ mu’tiya limâ mana’t, wa lâ yanfa’u dhâ-l-jaddi minka-l-jadd
« Il n’y a de divinité qu’Allah, Seul, sans associé. À Lui la royauté, à Lui la louange, et Il est capable de toute chose. Ô Allah, nul ne peut empêcher ce que Tu donnes, ni donner ce que Tu refuses, et la fortune d’un riche ne lui sert à rien contre Toi. »
(Al-Bukhârî, n° 844 ; Muslim, n° 593)
4. L’affirmation de la sincérité du culte
لاَ إِلَهَ إِلاَّ اللَّهُ وَحْدَهُ لاَ شَرِيكَ لَهُ، لَهُ الْمُلْكُ وَلَهُ الْحَمْدُ وَهُوَ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ، لاَ حَوْلَ وَلاَ قُوَّةَ إِلاَّ بِاللَّهِ، لاَ إِلَهَ إِلاَّ اللَّهُ وَلاَ نَعْبُدُ إِلاَّ إِيَّاهُ
Lâ ilâha illallâhu wahdahu lâ sharîka lah… lâ hawla wa lâ quwwata illâ billâh, lâ ilâha illallâhu wa lâ na’budu illâ iyyâh…
« Il n’y a de divinité qu’Allah, Seul, sans associé… Il n’y a de force ni de puissance qu’en Allah. Il n’y a de divinité qu’Allah et nous n’adorons que Lui. »
(Muslim, n° 594)
5. La demande d’aide au rappel d’Allah
اللَّهُمَّ أَعِنِّي عَلَى ذِكْرِكَ وَشُكْرِكَ وَحُسْنِ عِبَادَتِكَ
Allâhumma a’innî ‘alâ dhikrika wa shukrika wa husni ‘ibâdatik
« Ô Allah, aide-moi à T’évoquer, à Te remercier et à T’adorer de la meilleure façon. »
Le Prophète ﷺ recommanda cette invocation à Mu’âdh ibn Jabal en lui disant : « Ô Mu’âdh, ne manque jamais de dire après chaque prière… » (Abû Dâwûd, n° 1522, authentifié par Al-Albânî)
6. Le tasbîh : SubhânAllah, Alhamdulillah, Allahu Akbar (× 33)
Après les invocations précédentes, on récite :
| Formule | Sens | Nombre |
| سُبْحَانَ اللَّهِ SubhânAllah | Gloire à Allah | 33 fois |
| الْحَمْدُ لِلَّهِ Alhamdulillah | Louange à Allah | 33 fois |
| اللَّهُ أَكْبَرُ Allâhu Akbar | Allah est le plus Grand | 33 fois |
Puis, pour compléter à cent, on dit une fois :
لاَ إِلَهَ إِلاَّ اللَّهُ وَحْدَهُ لاَ شَرِيكَ لَهُ، لَهُ الْمُلْكُ وَلَهُ الْحَمْدُ وَهُوَ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
Lâ ilâha illallâhu wahdahu lâ sharîka lah, lahu-l-mulku wa lahu-l-hamd, wa huwa ‘alâ kulli shay’in qadîr
Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui dit cela après chaque prière, ses péchés lui seront pardonnés, fussent-ils aussi nombreux que l’écume de la mer. » (Muslim, n° 597)
7. Ayat al-Kursi : le Verset du Trône
اللَّهُ لاَ إِلَهَ إِلاَّ هُوَ الْحَيُّ الْقَيُّومُ…
Allâhu lâ ilâha illâ huwa-l-hayyu-l-qayyûm…
« Allah, point de divinité à part Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même… » (Sourate Al-Baqara, 2:255)
Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui récite Ayat al-Kursi après chaque prière obligatoire, rien ne l’empêchera d’entrer au Paradis si ce n’est la mort. » (An-Nasâ’î dans Al-Kubrâ, authentifié par Al-Albânî)
8. Les trois sourates protectrices (Al-Mu’awwidhât)
On récite ensuite :
- Sourate Al-Ikhlâs (قُلْ هُوَ اللَّهُ أَحَدٌ) Qul huwa-llâhu ahad
- Sourate Al-Falaq (قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ الْفَلَقِ) Qul a’ûdhu bi rabbi-l-falaq
- Sourate An-Nâs (قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ النَّاسِ) Qul a’ûdhu bi rabbi-n-nâs
Le Prophète ﷺ ordonnait de les réciter après chaque prière. (Abû Dâwûd, n° 1523 ; At-Tirmidhî, n° 2903) Après les prières de Fajr et de Maghreb, on les récite trois fois chacune.
Doua après Salat al-Fajr : l’invocation spécifique du matin
Après la prière du Fajr, en plus de la séquence générale, le Prophète ﷺ ajoutait une invocation particulière :
اللَّهُمَّ إِنِّي أَسْأَلُكَ عِلْمًا نَافِعًا، وَرِزْقًا طَيِّبًا، وَعَمَلاً مُتَقَبَّلاً
Allâhumma innî as’aluka ‘ilman nâfi’â, wa rizqan tayyibâ, wa ‘amalan mutaqabbalâ
« Ô Allah, je Te demande une science utile, une subsistance licite et une œuvre agréée. »
Cette doua après Salat al-Fajr est rapportée par Ibn Mâjah (n° 925) et authentifiée par Al-Albânî. Le Prophète ﷺ la disait après le salut du Fajr. C’est un programme pour la journée : le savoir qu’on va acquérir, la subsistance qu’on va gagner, les actes qu’on va accomplir.
Un autre dhikr du matin lui était attaché : réciter dix fois, après le Fajr, avant de parler à quiconque :
لاَ إِلَهَ إِلاَّ اللَّهُ وَحْدَهُ لاَ شَرِيكَ لَهُ، لَهُ الْمُلْكُ وَلَهُ الْحَمْدُ، يُحْيِي وَيُمِيتُ وَهُوَ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ (عشر مرات)
Lâ ilâha illallâhu wahdahu lâ sharîka lah, lahu-l-mulku wa lahu-l-hamd, yuhyî wa yumîtu wa huwa ‘alâ kulli shay’in qadîr (× 10)
(At-Tirmidhî, n° 3474, authentifié par Al-Albânî)
Doua après Maghreb : la protection du soir
La prière de Maghreb ouvre la nuit. Après le salut, en plus de la séquence générale, deux pratiques sont recommandées.
Réciter les trois sourates protectrices trois fois. Comme pour le Fajr, Al-Ikhlâs, Al-Falaq et An-Nâs se récitent trois fois après Maghreb, la nuit étant un moment où l’on recherche davantage la protection d’Allah.
La demande de protection contre le Feu. Le Prophète ﷺ a dit : celui qui dit, après la prière de Maghreb, avant de parler à quiconque :
اللَّهُمَّ أَجِرْنِي مِنَ النَّارِ (سبع مرات)
Allâhumma ajirnî mina-n-nâr (× 7)
« Ô Allah, préserve-moi du Feu » (sept fois)
S’il meurt cette nuit-là, il sera protégé du Feu. (Abû Dâwûd, n° 5079, jugé bon par certains savants)
À quel moment invoquer Allah librement après la prière ?
Un hadith dit que l’invocation après la prière obligatoire est exaucée. Un autre montre le Prophète ﷺ se levant rapidement après le salut. Comment concilier les deux ?
La réponse des savants, rapportée notamment par Ibn al-Qayyim, est précise : les douas personnelles et libres se font de préférence à l’intérieur de la prière, avant le taslim, après le dernier tashahhud, juste avant de saluer. C’est là que le Prophète ﷺ ordonna de choisir l’invocation que l’on préfère.
Après le salut, vient le temps des dhikr transmis (istighfâr, tasbîh, Ayat al-Kursi…). Une fois ces dhikr accomplis, rien n’interdit de lever les mains et d’invoquer Allah pour ses besoins personnels.
Deux précisions importantes des savants :
- L’invocation collective à voix haute, en groupe, immédiatement après la prière, où l’imam invoque et l’assemblée dit « Âmîn », ne fait pas partie de la Sunna du Prophète ﷺ. Chacun fait ses dhikr individuellement.
- Le hadith décrivant le Prophète ﷺ « se hâtant » après la prière concerne en réalité son comportement après le premier tashahhud, et a été jugé faible par Al-Albânî.
Pourquoi ces invocations après la prière comptent autant ?
Le moment qui suit la prière obligatoire n’est pas un temps mort entre deux activités. C’est une fenêtre d’exaucement. Interrogé sur le moment où la doua est la plus écoutée, le Prophète ﷺ répondit : « Au cœur de la nuit, et à la fin des prières obligatoires. » (At-Tirmidhî, n° 3499, jugé bon)
Les bénéfices rapportés dans les hadiths sont concrets :
- Le pardon des péchés : « fussent-ils aussi nombreux que l’écume de la mer » (Muslim)
- L’entrée au Paradis : pour qui récite Ayat al-Kursi après chaque prière (An-Nasâ’î)
- La protection : par les trois sourates protectrices, matin et soir
- Une journée orientée : par la doua du Fajr sur le savoir, la subsistance et les œuvres
Ces dhikr ne prennent que quelques minutes. Le Prophète ﷺ comptait le tasbîh sur les phalanges de sa main droite, et il a dit que ces formules « seront interrogées et parleront » au Jour de la Résurrection en faveur de celui qui les a dites. (Abû Dâwûd, At-Tirmidhî)
Apprendre à lire ces invocations en arabe
Réciter ces dhikr sur une transcription phonétique fonctionne au début. Mais la phonétique latine déforme toujours un peu les sons de l’arabe : le ‘ayn de a’innî, le hâ emphatique de husni ‘ibâdatik, le qâf de qadîr. Lire directement l’arabe supprime cet intermédiaire.
Comprendre les mots change aussi la prière. Quand on sait que as’aluka ‘ilman nâfi’â veut dire « je Te demande une science utile », la doua du Fajr cesse d’être une suite de syllabes, elle devient une demande qu’on formule en conscience.
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